Pleins feux sur… les cours de masse en ligne et gratuits (MOOC)

Lorsque Heather Munroe-Blum, membre de la Société royale du Canada et ancienne membre du conseil des gouverneurs du CAC, a pris sa retraite à titre de principale et vice-chancelière de l’Université McGill au mois de mai, le reporter de l’Université lui a demandé quel avenir elle entrevoyait pour l’établissement. Sa réponse reconnaissait l’influence croissante des cours de masse en ligne et gratuits, ou MOOC, pour Massive Open Online Courses, qui sont en train de révolutionner le milieu éducatif en permettant à des milliers de personnes du monde entier d’assister gratuitement à des cours universitaires. Les termes employés par Mme Munroe-Blum, collaboration, réseaux et accessibilité, révèlent sa proximité avec la nouvelle ère éducative. Ils mettent de plus en relief les avantages de cette avenue d’enseignement innovante. Comme elle le souligne : « Dans un merveilleux esprit de collaboration, nous avons cherché à trouver la meilleure façon de nous exprimer au sein de ce monde nouveau des MOOC et d’utiliser la technologie de manière systématique, et non épisodique, pour améliorer la qualité de l’apprentissage qui se fait sur nos campus. »[1]

Les affirmations comme celle-là témoignent de la philosophie qui prévaut dans le milieu de l’éducation supérieure : les technologies d’enseignement innovantes feront dorénavant partie du paysage, même si leur formule précise est appelée à évoluer d’année en année. Elles ne remplaceront peut-être jamais les méthodes traditionnelles d’apprentissage, mais elles peuvent au moins les compléter. Conçus pour améliorer l’expérience d’apprentissage, les outils tels que PowerPoint, Blackboard, les pointeurs laser et les tablettes graphiques et à stylet ajoutent de l’éclat aux salles de cours depuis des décennies. Les MOOC ne sont sans doute que le dernier exemple d’une longue liste d’innovations dans le milieu de l’enseignement, et ils pourraient ne constituer qu’un phénomène éphémère, mais ils sont de loin la nouveauté la plus discutée et la plus populaire du moment. On dit que les cours du professeur de physique de la MIT Walter Lewin sur la mécanique classique, l’électricité et le magnétisme ou sur les vibrations et les ondes, par exemple, ont attiré des millions de visiteurs sur le système OpenCourseWare de l’université.[2]

Grâce aux percées dans le domaine des technologies de l’information et des communications (TIC), les MOOC atteignent des auditoires plus vastes que les cours télévisés. Les MOOC se donnent en ligne, mais ils sont également gratuits — libres d’accès à tous ceux qui ont une connexion Internet et un peu de temps libre. Désormais, des apprenants de Brașov ou de Dhaka peuvent assister à des cours de nanotechnologie de l’Université Stanford, puisque les MOOC éliminent les coûts prohibitifs de déplacement, les droits de scolarités imposés aux étrangers et les frais de subsistance qu’imposent les séjours dans des villes éloignées. Bien que certains ne manifestent qu’un intérêt passager pour les cours, d’autres assistent à toutes les séances et prennent part aux examens. Qui plus est, ils absorbent de nouvelles informations qu’ils peuvent ajouter à leurs compétences professionnelles actuelles ou dont ils peuvent profiter pour le pur plaisir d’apprendre.

La formule comporte cependant son lot de problèmes. Les MOOC sont basés sur un régime de confiance, puisque les enseignants doivent s’en remettre au fait que les Web-étudiants ne tricheront pas. De plus, certains enseignants ne sont pas prêts à donner des cours en ligne, et certaines écoles doutent de l’opportunité économique d’offrir des services gratuits. La correction de milliers de travaux peut s’effectuer automatiquement par le moyen de moteurs comme edX ou Coursera, qui permettent aux enseignants de créer des examens auxquels les étudiants répondent par oui ou non, ou par vrai ou faux, mais qui ne peuvent traiter des travaux plus ouverts tels que les dissertations, dont les matières comme l’histoire et la littérature dépendent.[3] La notation par les pairs a été proposée comme solution possible à ce dernier problème, mais les enseignants et les étudiants ne sont pas tous prêts à faire confiance à ce modèle.[4]

Que les MOOC constituent une formule à long terme ou non, ils sont la preuve que nous sommes toujours à la recherche de moyens innovants de communiquer entre nous. Le désir d’envoyer et de recevoir de l’information aussi rapidement que possible ne disparaîtra pas et motivera la création de nouvelles technologies toujours plus rapides et efficaces. La nouveauté des MOOC n’est qu’une question d’échelle. Mais dans un milieu où la concurrence entre les TIC est féroce, cet aspect semble leur conférer pour le moment un avantage suffisant.

 


[1] Rourke , J. et Sweet, D. (30 mai 2013). « Another Step in a Great Journey ». McGill Reporter. URL : http://publications.mcgill.ca/reporter/2013/05/another-step-in-a-great-journey/ (dernière consultation : 19 juillet 2013).

[2] Communiqué de presse (sans date). Massachusetts Institute of Technology (23 janvier 2013). New MITx course by Walter Lewin has potential to be the largest MOOC ever. URL : http://ocw.mit.edu/about/media-coverage/press-releases/lewin-mooc-announced/ (dernière consultation : 19 juillet 2013).

[3] Duhring, J. (10 mai 2013). « Massive MOOC Grading Problem – Stanford HCI Group Tackles Peer Assessment ». MOOC News and Reviews. URL : http://moocnewsandreviews.com/massive-mooc-grading-problem-stanford-hci-group-tackles-peer-assessment/ (dernière consultation : 19 juillet 2013).

[4] Rees, J. (5 mars 2013). « Peer Grading Can’t Work ». Inside Higher Ed. URL : http://www.insidehighered.com/views/2013/03/05/essays-flaws-peer-grading-moocs (dernière consultation : 19 juillet 2013).

Inscrivez-vous à notre liste d'envoi

Recevez nos avis, communiqués, publications, etc.!
Préférence English  Français
En vedette

Expert en vedette : Max Blouw

Max Blouw est l’ancien recteur et vice-chancelier de l’Université Wilfrid Laurier. Il avait auparava...
détails