Perspectives : Les équipements sanitaires dans un monde de 7 milliards de personnes

Le 31 octobre 2011, la population mondiale aurait atteint un nouveau sommet. Quelque part sur cette planète, la sept milliardième personne est née dans ce monde de plus en plus peuplé. Selon certaines statistiques, 2,6 milliards de personnes n’auraient pas accès à des équipements sanitaires suffisants[i]. L’Organisation des Nations unies affirmait dans ses objectifs du Millénaire pour le développement qu’elle souhaiterait réduire de moitié le nombre de personnes aux prises avec ce problème d’ici 2015, mais a déjà annoncé qu’elle ne serait pas en mesure d’atteindre cette cible en raison de l’évolution actuelle de la situation. Certains progrès ont été réalisés dans ce domaine, mais l’ONU constate que ceux-ci, pour la majeure partie, n’ont pas profité aux pauvres, et que les populations rurales d’un grand nombre de régions sont nettement désavantagées sur ce plan[ii].

À travers le monde, notamment dans les pays en développement, l’adoption de mesures sanitaires adéquates demeure un défi. À titre d’exemple, il est estimé que chaque minute, jusqu’à 1,1 million de litres d’eaux d’égout brutes est déversé dans le Gange, en Inde; ces eaux transportent des parasites, des bactéries et des virus[iii]. Ces pratiques contribuent grandement à la propagation de maladies hydriques comme la typhoïde, le choléra, l’hépatite A et la diarrhée. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 3,5 millions de personnes à travers le monde meurent chaque année des suites de maladies hydriques. À elle seule, la diarrhée fauche jusqu’à 1,5 million de vies annuellement, pour la plupart d’enfants de moins de cinq ans[iv]. Ces problèmes peuvent s’intensifier dans les zones les plus durement touchées par des événements météorologiques ou des catastrophes. Il suffit de penser à Haïti, secouée en janvier 2010 par un tremblement de terre de magnitude 7,0 et qui continue de composer avec une importante éclosion de choléra. Cette maladie bactérienne est transmise de personne en personne par le biais d’aliments et d’eau contaminés. Avant le séisme, Haïti n’avait pas vu de cas de choléra depuis plus d’un siècle[v].

Outre les déversements de déchets et la pollution des plans d’eau, une autre problématique qui perdure dans plusieurs pays est l’absence d’installations sanitaires de base. Sans toilettes, les gens sont obligés de faire leurs besoins à l’extérieur, souvent à proximité de rivières et d’autres cours d’eau. Ces mêmes rivières servent fréquemment de source d’eau potable, que l’on boit et que l’on utilise pour cuisiner et pour faire sa toilette, créant ainsi de nouvelles voies de transmission de maladies. L’Organisation mondiale de la Santé prévient par ailleurs que l’absence de toilettes peut également engendrer un autre type de problème, lié à la santé et la sécurité des personnes, notamment en ce qui a trait aux femmes. En effet, l’absence de toilettes privées peut s’avérer, pour les femmes, un risque d’agression sexuelle[vi]. En contrepartie, les femmes qui évitent de se soulager en public pour se soustraire au risque d’agression sexuelle sont plus à risque de développer des infections urinaires.

Les effets sur la santé et les incidences sociales de mauvais équipements sanitaires peuvent également s’avérer un fardeau économique dans la mesure où, d’une part, elles engendrent des coûts médicaux directs liés au traitement de maladies associées à des installations sanitaires inadéquates et, d’autre part, elles diminuent les recettes en raison d’une productivité réduite. On estime qu’à travers le monde, la diarrhée est responsable à elle seule de 4,1 % des années de vie corrigées du facteur invalidité (une mesure du fardeau global de la maladie qui correspond au nombre d’années perdues en raison d’une santé mauvaise, d’une incapacité ou d’une mort prématurée), et que 88 % des occurrences sont liées à la piètre qualité de l’eau potable[vii]. Il est estimé qu’il en coûterait 20 milliards de dollars par année pour atteindre la cible établie par l’ONU de réduire de moitié ces statistiques sans équipements sanitaires adéquats[viii]. Par contre, le retour sur l’investissement serait de 5 à 28 dollars pour chaque dollar qui y est consenti[ix]. Parmi les initiatives possibles permettant d’atteindre les cibles de l’ONU, nommons la désinfection aux points d’utilisation, l’amélioration de la qualité de l’eau, et des raccordements d’approvisionnement d’eau par canalisation et d’égouts réglementés.

Détrompez-vous : ces problématiques ne sont pas le lot exclusif des pays en développement. La Municipalité régionale du Cap-Breton a fait les manchettes en novembre 2011 parce qu’elle continue de défier des mandats fédéraux en déversant des eaux d’égout directement dans son port[x]. En fait, l’effluent des réseaux d’assainissement représente une des plus grandes sources de pollution, par volume, des eaux canadiennes[xi]. Aussi récemment qu’en 2004, on estimait que jusqu’à 200 milliards de litres d’eaux d’égout brutes – soit 6 % des eaux d’égout brutes du Canada – étaient déversés dans les cours d’eau canadiens sans avoir préalablement été traités[xii].

Les eaux usées d’origine humaine sont une grande source de matières organiques et de nutriments, ce qui veut dire que non seulement contribue-t-elle à augmenter la quantité de pathogènes dans l’eau, mais qu’elle peut diminuer l’oxygène disponible dans l’eau. Une diminution des taux d’oxygène dans l’eau peut avoir pour effet de tuer les populations de poissons et d’engendrer d’autres problèmes environnementaux. Elle peut également donner lieu à une eutrophisation de l’eau et à une croissance accélérée des algues et des plantes.

Cela étant, comment la planète peut-elle composer avec les besoins sanitaires de 7 milliards de personnes? L’OMS a élaboré des lignes directrices d’utilisation sans risque des eaux usées, des excréta (déchets humains) et des eaux grises (les eaux usées générées par des activités domestiques comme le lavage, la vaisselle et les bains), pour aider à réduire certaines des incidences environnementales liées à de piètres installations sanitaires. D’autres initiatives ont déjà été lancées pour composer avec les eaux d’égout brutes du Canada, y compris des ateliers offerts par l’Organisation mondiale de la Santé, le Centre de recherches pour le développement international, et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture sur des options de non-traitement en vue de l’utilisation sans risque des eaux usées dans les collectivités urbaines pauvres.

Le gouvernement du Canada prévoit également adopter le Règlement sur les effluents des systèmes d’assainissement des eaux usées au cours des prochains mois. Celui-ci a été élaboré dans le cadre de la Loi sur les pêches et permettrait au Canada de respecter l’engagement du Conseil canadien des ministres de l’environnement (CCME) et de sa Stratégie pancanadienne sur la gestion des effluents d’eaux usées municipales. Les normes de cette stratégie représentent un deuxième niveau de traitement des eaux usées, ou l’équivalent. Environnement Canada estime à 5,9 milliards le coût total des mises à niveau à l’échelle du pays, et la majeure partie de ces dépenses devra être assumée par les municipalités[xiii].


[i] Nations unies, The Millennium Development Goals Report 2011, http://www.un.org/millenniumgoals/11_MDG%20Report_EN.pdf (en anglais)

[ii] Nations unies, The Millennium Development Goals Report 2011, http://www.un.org/millenniumgoals/11_MDG%20Report_EN.pdf (en anglais)

[iii] Organisation mondiale de la Santé, 10 facts on Sanitation http://www.who.int/features/factfiles/sanitation/facts/en/index1.html (en anglais)

[iv] Organisation mondiale de la Santé, 10 facts on Sanitation http://www.who.int/features/factfiles/sanitation/facts/en/index1.html

[v] BBC, 15 mars 2011. http://www.bbc.co.uk/news/health-12744929

[vi] Organisation mondiale de la Santé. L’assainissement médiocre menace la santé publique, http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2008/pr08/fr/index.html

[vii] OMS (s.d.). Water Sanitation and health – Burden of disease and cost-effectiveness estimates http://www.who.int/water_sanitation_health/diseases/burden/en/index.html (en anglais)

[viii] L’Académie de l’eau, 2004. Le coût des objectifs de Johannesburg pour l’eau potable.

[ix] Hutton et Haller, 2004. Evolution of the Cost and Benefits of Water and Sanitation Improvements at the Global Level, www.who.int/water_sanitation_health/wsh0404/en/index.html (en anglais)

[x] CBC, 21 novembre 2011. Cape Breton leaders defy sewage rules, http://www.cbc.ca/news/canada/nova-scotia/story/2011/11/21/ns-cape-breton-sewage.html (en anglais)

[xi] Gouvernement du Canada, Résumé de l’étude d’impact de la réglementation, http://www.gazette.gc.ca/rp-pr/p1/2010/2010-03-20/html/reg1-fra.html

[xii] MacLean’s Magazine, 2009. Many cities still dump raw sewagehttp://www2.macleans.ca/2009/04/30/many-cities-still-dump-raw-sewage/ (en anglais)

[xiii] Gouvernement du Canada, Résumé de l’étude d’impact de la réglementation, http://www.gazette.gc.ca/rp-pr/p1/2010/2010-03-20/html/reg1-fra.html

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