P. Kim Sturgess, MACG

Ces derniers 20 étés, Kim Sturgess les a passés en vacances sur les berges de la rivière Athabasca, dans sa province natale de l’Alberta, en compagnie de son chien Chinook. Décidément une personne qui affectionne les rivières, Mme Sturgess est la fondatrice et la présidente-directrice générale de Alberta WaterSMART, un organisme sans but lucratif voué au développement et à l’amélioration de la gestion des ressources hydriques de l’Alberta. Elle a récemment été élue présidente de l’Académie canadienne du génie, dont elle est membre. Elle siège actuellement au comité d’experts sur l’eau des terres agricoles du CAC et a gentiment accepté d’être interviewée pour ce numéro de Pleins feux sur…

  • Qu’est-ce qui vous a attiré à votre domaine? À l’âge de 10 ans, je savais déjà que je voulais concevoir et bâtir des choses et résoudre des problèmes. L’ingénierie coule dans mes veines. Le parcours qui m’a menée à fonder et à bâtir un organisme de gestion de l’eau a été un peu compliqué. J’ai obtenu mon premier emploi dans le domaine des pipelines et mon deuxième, dans l’étude des gisements. Au fil des ans, j’ai monté des entreprises de produits industriels et d’experts-conseils en affaires. Lorsque j’ai fait entreprendre le visage de ma dernière entreprise vers la technologie de l’environnement, j’ai décidé que je voulais faire quelque chose qui contribuerait réellement au monde. J’ai toujours été une passionnée de l’eau, donc j’ai décidé de mettre cette passion à bon usage, tout comme mes compétences en affaires, et de fonder un organisme sans but lucratif axé sur une meilleure gestion de l’eau par le biais de pratiques et de technologies améliorées. WaterSMART était né.

  • Votre organisme est voué au développement et à l’amélioration de la gestion des ressources en eau de l’Alberta. Qu’est-ce qui vous a motivé à fonder cet organisme? Quelles étaient certaines des lacunes que vous perceviez dans ce domaine? Lorsque nous avons mis sur pied WaterSMART, il existait un écart important entre les utilisateurs industriels d’eau et ceux qui se concentraient sur les écosystèmes aquatiques sains. Nous percevions un écart dans le système qui nous permettrait d’aider nos partenaires de l’industrie et les grandes collectivités à arriver à aborder différemment la gestion de l’eau, de sorte à profiter à l’écosystème tout en augmentant leurs profits nets. Les moteurs économiques d’une gestion améliorée de l’eau sont convaincants et il nous appartient de bien communiquer ces renseignements. Puisque plus de 80 % de l’eau en Alberta est touchée par l’industrie, de bonnes stratégies et pratiques en gestion de l’eau doivent être conçues de manière à répondre aux besoins des entreprises, sinon elles risquent de ne pas être adoptées. Heureusement, il est facile de convaincre nos interlocuteurs.

  • Quels sont certains de vos projets à venir et nouveaux? Nous travaillons actuellement à des projets de gestion régionale de l’eau, en collaboration avec l’organisme Oil Sands Leadership Initiative; ces projets, d’après moi, sont en train de transformer du tout au tout la façon dont nous pensons à l’eau dans le Nord de l’Alberta. Nous participons également à une initiative d’envergure visant à développer de meilleurs processus de gestion de l’eau dans les principaux bassins fluviaux dans le Sud de l’Alberta, où l’eau se fait plus rare. Ces deux programmes pourraient avoir des répercussions positives sur la gestion de l’eau dans notre province, et les leçons qu’on pourra en tirer pourraient être reprises dans d’autres parties du monde aux prises avec des pénuries d’eau.

  • La population mondiale vient de franchir le cap des 7 millions de personnes. Quels sont, d’après vous, certains des défis les plus pressants que le monde doit relever en matière de disponibilité et d’utilisation de l’eau, avec une population de 7 millions de personnes et plus? On s’attend à ce que la population mondiale atteigne près de 9 millions de personnes d’ici le milieu des années 2030, lorsque la demande en eau sera équivalente à l’approvisionnement en eau, annuellement. Puisque le deux tiers de l’eau de la planète sert à l’agriculture et à la culture d’aliments, la question critique est la suivante : aurons-nous suffisamment d’eau pour produire la quantité de nourriture nécessaire pour nourrir tout ce monde? À mesure que notre climat se transforme, certaines des plus importantes zones agricoles actuelles du monde, comme l’Australie, pourraient ne plus pouvoir maintenir leur taux actuel de production alimentaire. Cela mettra de plus en plus de pression sur le secteur agricole du Canada, et ce type de pression mondiale représentera assurément un défi de taille sur le plan de la politique publique en Alberta, où l’accès à l’eau dans les zones agricoles est limité et où la ressource fait également l’objet d’une vive concurrence de la part du développement urbain et de la production énergétique.

  • En tant que membre du comité d’experts sur l’eau des terres agricoles, qui travaille à son rapport depuis quelques mois, quelle est la valeur, d’après vous, des évaluations fondées sur les données scientifiques et quelles sont vos réflexions sur le processus qui sous-tend le travail des comités d’experts? La plupart des débats sur l’énergie et l’environnement me paraissent fondés sur la passion et la rhétorique plutôt que sur des faits. L’engagement du CAC à des évaluations fondées sur des données scientifiques est un rafraîchissant départ de cette tendance. Des analyses et des conclusions crédibles et fondées sur les données scientifiques sont le fondement d’un débat équilibré qui éclairera mieux les décideurs sur les grandes questions de notre époque. Le processus en tant que tel est participatif et gratifiant. Les membres des comités sont des experts dans leur domaine et j’ai beaucoup appris de chacun d’entre eux.

  • Y a-t-il autre chose que vous souhaiteriez mentionner? Les défis auxquels fait face notre planète sont de plus en plus complexes. Je trouve que ma formation en génie m’a préparée à résoudre des problèmes complexes et à proposer des solutions réalistes. Je suis encore plus attachée que jamais à ma formation en génie et j’encouragerais les jeunes hommes et femmes à y faire carrière. La mienne a été très enrichissante.

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