À la rencontre d’un membre : Ingrid Sketris, MACSS

Le Canada, avec une population vieillissante, dépense de plus en plus dans le domaine des produits pharmaceutiques – un des volets des soins de santé, au pays, dont les dépenses augmentent le plus rapidement. Les Canadiens reçoivent plus de 422 millions d’ordonnances chaque année, correspondant à environ 30 milliards de dollars dépensés pour des médicaments prescrits et non prescrits. Cela représente un coût annuel moyen de 897 $ par Canadien. Il est donc essentiel que la pharmacothérapie soit gérée judicieusement. Actuellement, le Canada ne possède pas de système exhaustif lui permettant de s’assurer que les médicaments sont remis aux personnes auxquelles ils doivent l’être, atteignant ainsi des résultats optimaux. Un tel système serait révolutionnaire pour les soins de santé, puisqu’il permettrait d’obtenir des traitements médicamenteux plus efficaces ainsi que d’optimiser les ressources investies.

Mme Ingrid Sketris est membre de l’Académie canadienne des sciences de la santé. Elle est professeure au Collège de pharmacie de l’Université de Dalhousie. Elle est affiliée à l’École

d’administration des services de santé et d’informatique ainsi qu’au Département de santé communautaire et d’épidémiologie. Elle est titulaire d’une prestigieuse chaire de recherche de dix ans sur les services de santé, financée par la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé et les Instituts de recherche en santé du Canada, et cofinancée par la Fondation de la recherche en santé de la Nouvelle-Écosse (Nova Scotia Health Research Foundation). Cette chaire de recherche, principalement consacrée à la politique sur les produits pharmaceutiques et à la gestion de l’utilisation de ces produits, permet à Mme Sketris d’offrir des stages de formation en résidence à des étudiants de cycles supérieurs, auprès des décideurs du système de santé. Les étudiants peuvent ensuite réaliser leur propre recherche, sous sa supervision et celle de ses collègues.

Mme Sketris sait qu’elle doit faire face à d’importants défis et qu’il n’existe aucune solution miracle permettant d’optimiser les systèmes (fédéral et provinciaux) de gestion de l’utilisation des médicaments. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a choisi d’axer ses efforts sur un seul territoire, celui de la Nouvelle-Écosse, en travaillant sur des initiatives qui s’attaquent à la question sous différents points de vue, tel celui des décideurs, des professionnels qui rédigent les ordonnances, des chercheurs, des organisations non gouvernementales et des patients, pour que chacun contribue à ce que le système de gestion de l’utilisation des médicaments serve au mieux les besoins des usagers des soins de santé. « Aucun individu ou groupe n’est en mesure de réaliser cela seul », soutient Mme Sketris.

L’une des initiatives dont elle fait partie est la Drug Evaluation Alliance of Nova Scotia (DEANS). C’est en 1999 que Mme Sketris a commencé son travail auprès de la DEANS, à titre de présidente fondatrice, dont elle est maintenant membre. « La DEANS est un comité gouvernemental dont le travail consiste à déterminer les problèmes liés aux médicaments et à évaluer les initiatives existantes afin de résoudre ces problèmes, lui permettant ainsi de développer des interventions éducatives polyvalentes fondées sur des données probantes », explique Mme Sketris. La DEANS, coordonnée par le ministère de la Santé de la Nouvelle-Écosse, est un modèle de transfert de connaissances, reliant entre eux chercheurs, professionnels des soins de santé, décideurs du système de santé, éducateurs et étudiants, dans le but de contribuer à mettre en place des programmes éducatifs et des politiques basés sur des données probantes.

L’un des domaines dans lesquels les travaux de la DEANS ont eu une incidence marquée est le traitement pharmaceutique des maladies pulmonaires, comme l’asthme et l’emphysème. En 1999, plus de 5 000 bénéficiaires du programme Pharmacare pour personnes âgées de la Nouvelle-Écosse recevaient des médicaments par nébulisation (avec masque). Cette forme de traitement est toutefois longue, coûteuse et source d’inconvénients. Il existe pourtant une autre possibilité efficace. Ainsi, le comité de gestion du formulaire du gouvernement de la

Nouvelle-Écosse a réalisé une évaluation des médicaments et a conclu que les inhalateurs portatifs, communément appelés « pompes », avaient une efficacité comparable, qu’ils risquaient moins d'être contaminés et qu'ils étaient plus pratiques et moins coûteux que la nébulisation.

Afin d’encourager l’utilisation d’inhalateurs portatifs, le programme Pharmacare pour personnes âgées de la Nouvelle-Écosse annonçait, en 2000, que six mois plus tard, les médicaments respiratoires administrés par nébulisation seraient remboursés à certains patients. Pour faciliter cette transition, les coûts d’un dispositif de séparation ont été pris en charge par le programme, afin d’aider les patients à mieux utiliser les inhalateurs portatifs. Le programme fixait également le montant des frais professionnels remboursés aux pharmaciens qui montraient aux patients comment utiliser convenablement le dispositif de séparation.

L’intervention ne s’est toutefois pas arrêtée là. La DEANS a en effet coordonné des interventions de formation polyvalente auprès des médecins, du personnel des hôpitaux et des établissements de soins de longue durée, des pharmaciens, des inhalothérapeutes et des patients, pour les aider à gérer la transition. Par exemple, la Nova Scotia Lung Association a mis à la disposition des patients et des professionnels de la santé une ligne sans frais, 24 heures sur 24.

De nombreux patients ont donc adopté les inhalateurs portatifs sans que ce changement provoque des effets fâcheux, comme l'augmentation des consultations ou des hospitalisations. En outre, cette intervention polyvalente a entraîné une réduction du coût des médicaments estimée à 1 million de dollars par année. « Une direction forte et des partenariats solides ont été des éléments cruciaux pour la réussite de cette intervention », selon Mme Sketris. « La DEANS a dû s’assurer que le message transmis était adapté à chaque groupe concerné. Nous avons donc utilisé une approche globale, afin que chacun reçoive le soutien adéquat. »

Mme Sketris soutient activement le travail de la DEANS par le biais de projets de recherche entrepris dans le cadre du placement stratégique d’étudiants de cycles supérieurs en résidence. Ces projets de recherche portent sur les effets des changements de politique et des programmes éducatifs ainsi que sur les obstacles à l’adoption des inhalateurs portatifs au sein de la communauté et en milieu hospitalier.

Étant donné qu’il n’existe aucune approche universelle correspondant à tous les types d’interventions en gestion des produits pharmaceutiques, « il est primordial de définir le problème de façon à ce qu’il puisse être soutenu par des données probantes et d’évaluer les actions qui peuvent être entreprises, dans un contexte de contraintes financières », explique Mme Sketris. Bien que le régime d’assurance médicaments de chaque gouvernement (fédéral, provincial et territorial) doive faire face à des problèmes uniques, le travail de Mme Sketris en Nouvelle-Écosse servira de modèle pour la gestion de l’utilisation des médicaments dans le reste du pays.

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