À la rencontre d’un membre : David Layzell, MSRC

Plusieurs seraient certainement surpris d’apprendre que c’est un physiologiste des plantes qui est à la barre de la principale collaboration de recherche énergétique au Canada. C’est qu’ils ne connaissent pas David Layzell, directeur général de l’Institut de l’énergie durable, de l’environnement et de l’économie (ISEEE) et membre de la SRC : Les Académies des arts, des lettres et des sciences du Canada.

M. Layzell aime dire les choses telles qu’elles sont : « Nous vivons dans un monde assoiffé d’énergie ». Lorsque vous pensez à l’énergie, ce sont probablement les voitures, le chauffage domestique et l’éclairage qui vous viennent à l’esprit. Toutefois, qu’en est-il de la viande et des légumes qui se trouvent dans votre assiette? « Il faut entre quatre et huit unités d’énergie provenant de combustibles fossiles pour produire une seule unité d’énergie alimentaire », explique M. Layzell. Il s’agit d’un ratio incroyablement élevé. Sa réduction pourrait contribuer à diminuer de façon considérable notre consommation d’énergie. Cette façon de penser a contribué au façonnement de la carrière de M. Layzell. La crise du pétrole de l’OPEP, en 1973, et l’intérêt de M. Layzell à trouver des solutions pour résoudre les problèmes réels l’ont amené à se tourner vers les plantes en tant que moyen d’aider à combattre l’obésité énergétique de la société.

Plus particulièrement, M. Layzell a étudié ce qu’il a décrit comme étant un « rapport locateur locataire », en faisant référence aux nodules qui se forment dans le système racinaire des légumineuses, comme les graines de soja ou les pois. Ainsi, la plante joue le rôle du locateur et les bactéries, celui du locataire. « Il s’agit vraiment d’une relation magique », affirme M. Layzell. La plante fournit donc « la chambre et la pension » aux bactéries, lesquelles remboursent la plante en lui procurant la forme d’azote riche en énergie dont elle a besoin pour croître et s’épanouir. Cela signifie donc que les légumineuses peuvent se développer sans l’utilisation d’engrais à base d’azote, l’une des plus importantes énergies fossiles utilisées dans les systèmes agricoles.

« Le “Saint-Graal” de ce domaine de recherche était d’arriver à comprendre les conditions de ce rapport locateur-locataire, afin qu’il puisse être amélioré et peut-être même appliqué à d’autres cultures, comme celle du maïs, du blé ou du riz », précise M. Layzell.

Dans le but de se familiariser avec l’entente locateur-locataire sur les nodules des racines des plantes, M. Layzell devait toutefois explorer d’autres domaines pour arriver à mettre en place des outils novateurs. « Si vous voulez trouver des solutions, vous devez faire preuve d’interdisciplinarité », déclare-t-il, exposant ainsi la devise qu’il a faite sienne tout au long de sa carrière. C’est ainsi que M. Layzell est devenu un universitaire à l’esprit universel, se familiarisant, entre autres, avec l’électronique, le génie chimique et la modélisation mathématique. Il en a résulté l’invention de plusieurs instruments scientifiques et technologies, le tout accompagné de nombreux brevets. Il est en outre le cofondateur de Qubit Systems Inc., une entreprise dérivée de l’Université Queen’s qui, selon M. Layzell, « conçoit, construit et met en marché des instruments pour la recherche et l’enseignement des sciences biologiques et environnementales ».

Nombre des instruments développés par M. Layzell sont liés à la détection du faible niveau des gaz atmosphériques, ce qui l’a amené à se pencher sur la gestion des gaz à effet de serre et les changements climatiques, sujets d’actualité de la deuxième moitié des années 1990, particulièrement avec l’adoption du Protocole de Kyoto, en décembre 1997.

C’est dans ce contexte qu’en 1998, BIOCAP Canada, fondation nationale de recherche universitaire dont M. Layzell a été président et directeur général, a démarré ses activités. Au sein de BIOCAP, M. Layzell a oeuvré à la mise en place de réseaux nationaux et amené divers intervenants à participer à la coordination, au financement et à la diffusion des travaux de recherche, afin de trouver des solutions biologiques aux défis posés par les changements climatiques et l’énergie propre. Sous la direction de M. Layzell, BIOCAP a joui d’une grande portée, amassant plus de 54 millions de dollars provenant de divers intervenants et soutenant la recherche réalisée dans 38 universités. Malgré son succès, BIOCAP n’a toutefois pas été en mesure de s’assurer d’un financement à long terme et a dû cesser ses activités en 2008.

Cela n’a toutefois pas découragé M. Layzell. « Nous sommes sur le point de vivre la plus grande transformation en matière d’énergie que le monde n’ait jamais connue », croit-il. « Nous devons adopter des approches novatrices et radicales en ce qui concerne la façon d’obtenir, de transformer et de consommer l’énergie, et ce, dans les différents aspects de notre vie. » C’est d’ailleurs ce qui a amené M. Layzell dans la capitale canadienne de l’énergie, Calgary, ainsi qu’au sein de l’Institut de l’énergie durable, de l’environnement et de l’économie (ISEEE).

Fondé en 2003, l’ISEEE est un groupe de recherche regroupant plusieurs facultés de l’Université de Calgary. M. Layzell met en place des initiatives de recherche et d’enseignement dans six différentes facultés, formant ainsi une nouvelle génération d’universitaires à l’esprit universel travaillant à trouver des solutions aux défis environnementaux liés à la production et la consommation d’énergie. « Nous devons explorer ce qui se fait ailleurs et travailler en collaboration avec les autres disciplines », soutient M. Layzell, à la lumière de sa propre expérience. « Si nous ne travaillons pas de cette façon, nous ne pourrons pas apporter le genre de contribution qui est tant nécessaire. » Si la carrière de M. Layzell démontre bien les avantages de briser les silos disciplinaires, nous pouvons espérer de grandes réalisations de l’ISEEE.

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Expert en vedette : Max Blouw

Max Blouw est l’ancien recteur et vice-chancelier de l’Université Wilfrid Laurier. Il avait auparava...
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