
Qu’il s’agisse de construire des forts, de jouer au papa et à la maman ou de simplement se poursuivre autour des terrains de jeux, les enfants sont souvent plus heureux lorsqu’ils s’amusent librement entre eux.
Outre que de tenir les enfants occupés, ou de les épuiser, les véritables bienfaits de ces activités ne sont pas immédiatement perceptibles. Il semble toutefois que les avantages tirés des jeux libres et non structurés auxquels se livrent les enfants pourraient être énormes et qu’une participation insuffisante à ce type d’activité serait peut-être liée à l’éclosion de divers problèmes de santé mentale chez les enfants, comme l’anxiété et la dépression.
Selon un article publié dans la revue Journal of Play par Peter Gray, professeur-chercheur et psychologue du développement au Boston College, au cours des quelque 50 dernières années, aux États-Unis et dans d’autres pays développés, le temps que les enfants passent aux jeux libres entre amis a considérablement diminué. Étant donné l’importance accrue accordée aux sports structurés, aux études et aux autres activités dirigées par des adultes, la vie des enfants dans le monde surchargé d’aujourd’hui se trouve de plus en plus programmée et encadrée. Bien entendu, les études et les activités sportives peuvent être immensément bénéfiques, mais les avantages que procure le jeu libre non structuré sont peut-être sous-estimés.
M. Gray définit le jeu libre ainsi : un jeu pratiqué de la propre initiative du joueur, qu’ildirige et entreprend sans objectif précis, plutôt que dans le cadre de quelque activité organisée[1].
M. Gray explique que lorsque les enfants s’adonnent à des jeux libres, ils choisissent eux-mêmes de se placer dans des situations physiquement et socialement exigeantes. Ils se soumettent parfois ainsi à divers degrés de tension, mais ce faisant ils apprennent à maîtriser leurs émotions. Les enfants sont alors aux commandes, en quelque sorte, et participent dans la mesure où ils y sont disposés. Selon M. Gray, une maîtrise insuffisante des émotions pourrait contribuer au développement de certains troubles anxieux.
Dans son rapport de 2007, The Importance of Play in Promoting Healthy Child Development and Maintaining Strong Parent-Child Bonds, (l’importance du jeu au développement sain des enfants et au maintien des liens parents-enfants) l’American Academy of Pediatrics (la société américaine pour la pédiatrie) souligne également le rôle essentiel du jeu dans le développement sain des enfants.
« Le jeu permet aux enfants d’utiliser leur créativité et de développer leur imagination, leur dextérité et leur force physique, cognitive et émotive. Le jeu joue un rôle important dans le développement sain du cerveau. C’est par le jeu que les très jeunes enfants apprennent à s’investir dans le monde qui les entoure et à interagir avec lui. Le jeu permet aux enfants de créer et d’explorer un monde qu’ils peuvent maîtriser, ainsi que de surmonter leurs peurs en s’exerçant à assumer des rôles d’adultes, parfois avec d’autres enfants ou avec les adultes qui en prennent soin[2]. »
De plus, le jeu libre permet aux enfants d’apprendre à collaborer, à négocier, à résoudre des conflits et à s’affirmer socialement.
Le rapport formule des conseils à l’intention des pédiatres sur la façon d’aider à élaborer des stratégies destinées à favoriser chez les enfants un mode de vie équilibré, qui inclut du temps de jeu.
Plus récemment, un comité directeur canadien composé de chercheurs du Groupe de recherche sur la vie active en santé et l’obésité, de l’Institut de recherche du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, ainsi que des universitaires et des chercheurs du Royaume-Uni, de l’Australie et des États-Unis, a publié des directives scientifiquement étayées concernant l’activité physique des nourrissons et des enfants.
Bien qu’elles ne concernent pas directement le jeu libre sans encadrement adulte, ces directives recommandent néanmoins que les enfants consacrent moins de temps à des activités sédentaires et les encouragent à explorer et à jouer afin de développer leurs habiletés sociales et d’améliorer leur aptitude à apprendre et leur attention.
Selon ces lignes directrices, les nourrissons (âgés de moins d’un an) devraient être physiquement actifs plusieurs fois par jour, particulièrement par l’entremise de jeux interactifs au sol, que ce soit en faisant du sur-place sur le ventre ou en rampant. Les tout-petits (âgés d’un à deux ans) et les enfants d’âge préscolaire (âgés de trois à quatre ans) devraient faire au moins 180 minutes d’activité physique, peu importe l’intensité, réparties au cours de la journée, par example, danser, monter les escaliers ou jouer dehors. Vers l’âge de cinq ans, les enfants devraient progressivement consacrer 60 minutes par jour à des jeux actifs tels que sautiller, sauter à la corde, et faire du vélo.
Ces directives peuvent être téléchargées ici.
[1] Gray, Peter. The Decline of Play and the Rise of Psychopathology in Children and Adolescents. American Journal of Play. Printemps 2011. Sur Internet : http://www.journalofplay.org/sites/www.journalofplay.org/files/pdf-articles/3-4-article-gray-decline-of-play.pdf
[2] Ginsburg, Kenneth R. et le Committee on Communications, et le Committee on Psychosocial Aspects of Child and Family Health. « The Importance of Play in Promoting Healthy Child Development and Maintaining Strong Parent-Child Bonds ». Pediatrics vol. 119 no 1, 1er janvier 2007. Sur Internet : http://aappolicy.aappublications.org/cgi/content/full/pediatrics;119/1/182#SEC2
